Polémique vente YSL : 11 millions d’euros… pour un faux !!!

0

Pompidou a-t-il acheté un faux ?

Lundi, lors de la vente de la collection de Pierre Bergé et d’Yves Saint-Laurent, le Centre Pompidou a préempté pour 11 millions d’euros, Le Revenant de Giorgio de Chirico, tableau peint à Ferrare en 1917/18, parfois aussi appelé ‘Le retour de Napoléon III’ ou ‘Napoléon III et Cavour’. Je ne ferai pas ici l’analyse de ce tableau, celle fournie par Christie’s étant éloquente. On lit en bas de la fiche : ’Un certificat d’authenticité de la Fondation Giorgio de Chirico sera remis à l’acquéreur’. Mais cet historique du tableau et de ses possesseurs est incomplet.

Giorgio de Chirico

En effet, tout à fait en ligne avec le billet d’hier sur l’attitude de Chirico face au vrai et au faux, et à ses tentatives de nier le chef d’oeuvre, on doit lire avec intérêt le numéro de février 2009 de Beaux-Arts, qui raconte en détail l’histoire suivante. En 1972, Chirico débarque au Musée des Arts Décoratifs la veille de la fermeture de l’exposition sur le surréalisme; il déclare quatre des tableaux exposés sous son nom (dont celui-ci) comme étant des faux, et les fait saisir par huissier avant destruction. La propriétaire du tableau, Béatrice Colle, va en justice, apporte des preuves. Chirico déclare au juge qu’il a déjà mis en cause l’authenticité de centaines de tableaux qui lui ont été attribués. Les expertises se succèdent, les avocats s’affrontent, Roland Dumas contre Sauveur Vaïsse. Chirico meurt, sa veuve, lasse, se désiste, le tableau est reconnu comme authentique; il est ensuite vendu à Bergé et YSL.

Toutes les assurances sont donc là pour dire que le tableau que nous verrons bientôt à Pompidou n’est pas un faux, excepté la parole de l’artiste (et il est certain que les conservateurs du Centre Pompidou connaissaient cette péripétie en détail, même si Christie’s l’a soigneusement omise).

Cette posture de l’artiste renonçant, récusant une œuvre signée de lui est assez fascinante. Certains l’ont réduite à la haine de soi, à la rancoeur face aux surréalistes ou à des motifs financiers. Même si ces motifs existent, la démarche essentielle de Chirico, comme pour ses copies tardives, me semble plutôt être du ressort du nihilisme, du refus de la ‘chef-d-oeuvrisation’, de la réticence à entrer dans un moule trop prédéfini, en somme une magistrale récusation du monde de l’art.

Article issu de : http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr

Partage

A propos de l'auteur

Laisser un message